Attention ! - Le Comptoir 43 - Bio O Top a ouvert ses portes au 43 rue de l'Arbre Sec 75001 Paris - N'hésitez pas à nous rendre visite -

Anne de Seynes

Anne de Seynes – Peintre

deseynes.com

AdSÀ Belle-Ile, fin des années 80, dans une décharge, je tombais sur une pile d’ardoises de toit, l’emportais avec moi. Je connaissais le travail de Raoul Ubac. Muni d’un marteau et d’un clou, je commençais à les griffer, creuser, chaque trace laissée, du fait qu’elle m’apportait, avec une intense satisfaction, une lumière inconnue, me semblait déjà, avec une certaine présomption, la promesse d’une belle œuvre. Vint ensuite la découverte des ardoisières de Trélazé, banlieue d’Angers où, du terrain au rebuts, je rapportais de grosses pièces à sculpter en bas-relief. Grâce à elles, je découvris le lent
travail d’approche qu’exige l’ardoise, roche schisteuse qui se délite en plaques et qui présente, lorsqu’il s’agit de rebuts, c’est dire des pièces avec défauts, présente des vides, des creux, des parties molles. Tâtonnant – car il s’agit bien de tâter – frappant avec ma massette, j’ai entendu les vides, les pleins, les incrustations d’autres minéraux, jusqu’à parvenir jusqu’à l’os, jusqu’à son intégrité afin d’éviter que, proche de la finition, une plaque ne se détache et réduise le travail à néant.

Sans doute, sûrement, est-ce l’ardoise qui m’a fait découvrir l’importance de cet indispensable échange entre les matériaux travaillé et celui/celle qui le travaille, à quel point la volonté de l’artiste n’est pas seule maîtresse mais qu’il faut écouter
la toile, le bois, la pierre, accepter l’échange en modestie et dans l’exigence combinée entre le « violeur et le violé » pour parvenir à l’accomplissement d’un acte amoureux. 
Par la suite, vers le milieu des années 90, les ardoisières ne permirent plus qu’on aille s’aventurer sur leur terrain de rebuts. Et ce sont sur des ardoises manufacturées que j’ai poursuivi mes recherches, abandonnant avec regret cette lumière que renvoie l’ardoise brute dès qu’elle est frappée pour la pigmenter de couleurs, l’entraînant vers une autre histoire sans, je crois, la trahir. »